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Vladimir Poutine fait-il de la Russie une affaire familiale sous son pouvoir ?

Le népotisme à la russe prend une nouvelle ampleur. Viktor Khmarin, Anna Tsivileva, Vsevolod Kharchev, Alina Kabaeva : tous gravitent au sommet de l’appareil d’État, tous liés de près ou de loin à Vladimir Poutine. Selon Proekt, média d’investigation indépendant, au moins 24 membres de la famille élargie du président occupent aujourd’hui des fonctions stratégiques.

Alina Kabaeva, gymnaste et compagne présumée de Poutine, dirige NMG, un pilier de la presse privée russe. Anna Tsivileva, apparentée par un cousin, siège comme vice-ministre de la Défense. Mikhaïl Poutine, oncle du chef du Kremlin, détient le poste de vice-PDG chez Gazprom. Proekt annonce d’ailleurs une série d’enquêtes à venir sur ce népotisme systémique.

Cette concentration familiale du pouvoir n’a pas d’équivalent depuis près d’un siècle, souligne The Moscow Times. Poutine est accusé de reprendre le flambeau des tsars dans la privatisation du pouvoir d’État. Matthew Blackburn, expert à l’Institut norvégien de relations internationales, rappelle : « Boris Eltsine [prédécesseur de Poutine] était aussi connu pour avoir donné du pouvoir aux membres de son clan. »

Pouvoir, famille et continuité du népotisme russe

Jeff Hawn, spécialiste à la London School of Economics, analyse : « Vers la fin du mandat de Boris Eltsine, quiconque voulait exercer une quelconque influence devait passer par ses filles. C’était une manière pour le président de se protéger. » Il ajoute : « Vladimir Poutine n’a fait que continuer et accentuer cette tendance eltsinienne. » Toutefois, il nuance : « Pendant un temps, le nouveau président russe a promu une Russie des technocrates censés être plus efficaces. »

Le tournant s’opère avec la crise ukrainienne et l’annexion de la Crimée en 2014. Les réflexes népotiques ressurgissent, estiment les experts interrogés par France 24. Stephen Hall, de l’université de Bath, observe : « Plus les tendances autocratiques du régime se sont manifestées, plus Vladimir Poutine a privilégié les liens du sang sur le reste. »

Pour Hall, « c’est avant tout une question de confiance et les membres de la famille n’ont a priori pas d’autres loyautés qu’envers le président, alors que parmi son autre cercle historique de confiance – les Siloviki –, Vladimir Poutine ne peut jamais être sûr. »

Ukraine, guerre et extension du clan Poutine

La guerre ouverte contre l’Ukraine accentue le phénomène. Jeff Hawn explique : « Auparavant, la loyauté s’achetait, mais avec le temps, les ressources pour maintenir ce système de patronage ont commencé à diminuer et il devenait plus simple de promouvoir des membres de la famille. »

En une décennie, la toile familiale s’est étendue bien au-delà du cercle proche. Le mari de la fille cadette de Poutine, Igor Zelensky, a supervisé la construction d’un théâtre à Sébastopol. Viktor Khmarin, fils d’un cousin, dirige RusHydro, géant de l’énergie. Mais, selon Matthew Blackburn, « ce n’est pas comparable au Kazakhstan où des clans familiaux contrôlent l’économie et où la fille de l’ancien président a tenté de succéder à son père. »

La plupart des postes attribués restent secondaires, selon Blackburn : « Construire un théâtre à Sébastopol ne va pas changer la face de la Russie. Plusieurs cousins ou gendres travaillent dans des entreprises importantes, comme Sibur, mais pas tout en haut de la hiérarchie. »

Népotisme russe : ampleur, limites et enjeux stratégiques

Blackburn tempère : « Il s’agit certes de népotisme, mais il est assez proche de ce qui se passe à tous les étages de la société russe. » Il s’étonne même du nombre de proches nommés par Poutine : « Il est connu pour être très secret sur sa famille et n’accepte aucune question à ce sujet. On aurait pu penser qu’il allait éviter ce genre de travers car il estime que cela peut ternir son image et c’est quelqu’un qui fait très attention à l’image qu’il projette. »

Stephen Hall précise : « Il n’a pas forcément besoin d’avoir ses proches aux postes les plus importants. » Certaines nominations de « seconde ordre » sont très stratégiques : « C’est un moyen de s’assurer la loyauté de la personne qui est au-dessus dans la hiérarchie. Par exemple, le ministre de la Défense sera moins tenté de faire cavalier seul en sachant que sa vice-ministre appartient à la famille de Vladimir Poutine. »

Jeff Hawn note que les membres de la famille occupant les postes les plus prestigieux sont placés dans des secteurs clés : « ayant trait aux exportations de pétrole et aux banques, les secteurs les plus importants pour les caisses de l’État. »

Stephen Hall avertit : « Plus il va retirer de morceaux du gâteau public à d’autres factions influentes à Moscou, plus il risque de perdre leur soutien. » Il rappelle que la révolution de Maïdan en 2014 en Ukraine « était en partie soutenue et financée par certains oligarques qui voulaient s’opposer à l’influence grandissante qu’exerçait le fils du président de l’époque Viktor Ianoukovitch. »

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