La diplomatie algérienne traverse une zone de turbulences. Isolée de ses voisins immédiats et en froid avec Paris, Alger doit affronter une nouvelle donne internationale après l’adoption d’une résolution onusienne qui penche en faveur du Maroc sur le dossier du Sahara occidental. L’Algérie, soutien indéfectible du Front Polisario, voit ainsi sa stratégie remise en question.
Sous l’impulsion américaine, le Conseil de sécurité des Nations unies a affirmé qu’« une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait représenter la solution la plus réalisable » pour un conflit qui perdure depuis cinq décennies. Malgré l’opposition affichée de l’Algérie, qui s’est abstenue de voter, la résolution a été adoptée par 11 voix, tandis que la Chine, la Russie et le Pakistan, alliés traditionnels d’Alger, se sont également abstenus. Désormais, l’ONU attend la présentation du plan marocain « développé et actualisé ».
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a tenté de relativiser l’impact de cette décision, déclarant que « le Maroc n’a pas réussi à imposer le projet d’autonomie comme solution exclusive à la question sahraouie ». Pourtant, pour Sabina Henneberg du Washington Institute, « la résolution de vendredi dernier constitue un revers pour la diplomatie algérienne ». Elle souligne aussi les « nombreux défis » auxquels Alger est confrontée, citant « les répercussions des efforts agressifs du Maroc autour de la question du Sahara occidental, qui commencent désormais à porter leurs fruits », ainsi que « l’empiètement russe au Sahel qui a mis à mal les relations entre Moscou et Alger ».
Le Sahara occidental, point de fracture diplomatique et sécuritaire
Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est aujourd’hui majoritairement contrôlé par le Maroc, mais reste classé territoire non autonome par l’ONU. La région est le théâtre d’un affrontement entre Rabat et les indépendantistes du Polisario, soutenus par l’Algérie. Historiquement non-alignée, l’Algérie a connu un long effacement diplomatique après l’AVC du président Bouteflika en 2013, disparaissant de la scène internationale.
Premier pays d’Afrique par la superficie, riche en hydrocarbures et voisin de foyers d’instabilité (Mali, Niger, Libye), l’Algérie a cherché à retrouver son influence en misant sur une souveraineté affirmée. Outre ses ressources pétrolières, Alger est reconnue pour son expertise en matière de lutte anti-terroriste, héritage d’une décennie de guerre civile marquée par la violence extrême.
« L’Algérie a signalé ces dernières années sa volonté de jouer un rôle plus actif sur la scène mondiale, notamment à travers son élection au Conseil de sécurité des Nations unies » comme membre non-permanent, rappelle Sabina Henneberg. Elle note également des « petites démarches pour approfondir sa relation bilatérale avec les États-Unis », citant le recours à un cabinet de lobbying à Washington.
Relations internationales : entre ambitions et revers
La guerre en Ukraine a permis à Alger de se positionner comme alternative énergétique pour l’Europe, tissant des liens solides avec l’Italie. Sur le continent africain, l’Algérie a signé en février un accord avec le Nigeria et le Niger pour accélérer le projet de gazoduc transsaharien. Mais selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, « l’Algérie enregistre des limites en matière de politique étrangère ».
L’échec de la candidature algérienne au club des Brics à l’été 2023 en est une illustration. « Le président Abdelmadjid Tebboune avait reçu une fin de non-recevoir presque humiliante de la Russie », rappelle Hasni Abidi, alors que Moscou reste le principal fournisseur d’armement de l’Algérie.
« Il y a une évolution majeure dans les relations internationales et l’Algérie donne des signes d’essoufflement », poursuit-il. Il estime qu’Alger doit « réajuster les objectifs de sa politique étrangère ». Pendant ce temps, le Maroc, qui a rompu ses relations diplomatiques avec l’Algérie, a réintégré l’Union africaine et impose sa puissance économique sur le continent.
Frontières sous tension et rivalités régionales
« L’Algérie ne peut pas se permettre de rester en désaccord constant avec la France », prévient Hasni Abidi, alors que la crise diplomatique s’est cristallisée autour du soutien français au plan marocain sur le Sahara occidental. Alger doit aussi pacifier ses relations régionales, dans un contexte où la sécurité reste précaire.
La frontière de plus de 1 300 km avec le Mali, théâtre de violences jihadistes et de trafics en tout genre, cristallise les tensions. Fin mars, l’Algérie a abattu un drone malien pour violation de son espace aérien, déclenchant une crise avec Bamako, Niamey et Ouagadougou. Quelques semaines plus tard, ces trois pays annonçaient vouloir « accélérer » l’initiative marocaine pour accéder à l’Atlantique.
Les tensions s’étendent jusqu’au Moyen-Orient, Alger accusant les Émirats arabes unis de soutenir militairement la junte malienne. Le gouvernement algérien reproche aussi aux Émirats leur politique jugée interventionniste, notamment en Libye, où ils soutiennent le général Khalifa Haftar, adversaire des alliés d’Alger.
Un appareil décisionnel fragmenté et sous pression
La politique étrangère algérienne, domaine réservé du président, souffre d’une prise de décision lente, « car elles passent par plusieurs rouages », analyse Hasni Abidi. « Le fonctionnement du système politique algérien est très complexe puisque l’armée, l’état-major de l’armée, les services de renseignement sont parties prenantes dans la prise de décision », souligne-t-il.
Cette complexité pèse sur les relations avec Paris, qui attend des gestes pour ses deux ressortissants détenus en Algérie, l’écrivain Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes. Leur détention est qualifiée d’« arbitraire ».











