Dans le sillage de la polémique autour d’une poupée pédopornographique commercialisée sur la marketplace de Shein, désormais interdite en France, l’association Mouv’enfants a mis en lumière l’existence d’autres sites spécialisés dans la vente de produits similaires. Parmi eux, le site Dolls France, signalé au parquet de Paris, se distingue par la commercialisation de « poupées à l’effigie d’enfants », selon un communiqué de l’association. Cette entité, bien que revendiquant une identité française, opère depuis Hong Kong.
Le lendemain de ces révélations, Dolls France était déjà hors ligne. Toutefois, la rédaction de 20 Minutes a pu accéder à la plateforme avant sa fermeture. L’offre affichée ne laisse aucune ambiguïté : il s’agit exclusivement de « poupées sexuelles pour adultes ». Les acheteurs peuvent sélectionner la taille (de 150 cm à plus de 170 cm), le sexe, la partie du corps (corps entier, tête, torse), la couleur, et d’autres critères. L’entreprise se présente comme un « intermédiaire commercial » reliant des « clients européens » à des fabricants asiatiques tels que Zelex, Fanreal ou IronTech. En revanche, elle ne distribue pas les modèles Zech, à l’origine de la récente controverse.
Poupées réalistes, modèles controversés et marché adulte
Le catalogue du site propose des « poupées réalistes » aux origines et mensurations variées, mais aussi des modèles inspirés de l’univers extraterrestre, de personnages de mangas, d’Avatar ou de la K-Pop. Si aucune poupée explicitement enfantine n’a été identifiée par 20 Minutes, certains modèles affichent une esthétique particulièrement équivoque. Parmi eux : la « poupée qui dort », la « jeune étudiante coquine » au visage juvénile, la « love doll réaliste aux petits seins » à l’allure adolescente, ou encore la « jeune sexdoll vierge de 18 ans ».
Concernant la structure elle-même, l’enquête révèle une création en 2018 à Londres par un ressortissant thaïlandais, C.A., aujourd’hui âgé de 33 ans et domicilié à Hong Kong. Ce dernier a sollicité la dissolution de la société deux ans plus tard. Cependant, la branche chinoise existerait depuis 2004, d’abord en Chine continentale puis à Hong Kong. Le site web, quant à lui, n’a vu le jour qu’en 2015. Aucune trace d’une société Dolls France immatriculée en France avant ou après 2004 n’a été retrouvée.
Présence française et gestion transnationale de Dolls France
Les liens avec la France demeurent manifestes. Le site est intégralement rédigé en français et affiche des numéros de téléphone hexagonaux. Pour identifier le gérant de Dolls France Ltd, il faut consulter le registre du commerce de Meaux, en Seine-et-Marne. Un document daté du 2 avril 2024 révèle que le dirigeant actuel, Rémi C., né en juillet 1983 à Meaux et résidant à Huay Yai en Thaïlande, a succédé à son frère Frédéric à la tête d’une société d’« entreposage et stockage » en Seine-et-Marne, filiale de Dolls France.
Dolls France ne dissimule pas ses activités à destination de la France, de la Belgique, de la Suisse et plus largement de l’Europe. Dans un communiqué publié jeudi, la société affirme n’avoir « jamais vendu, ni proposé à la vente, la moindre poupée représentant un mineur ». Elle précise ne posséder « aucune usine » et ne fabriquer « aucune poupée », insistant sur le fait que « toutes les poupées référencées proviennent de marques chinoises » et sont « intégrées à notre catalogue de manière automatisée ». Pourtant, le site revendique avoir été « les premiers à produire nos propres moules » et à offrir « la fabrication de poupées sur mesure ». Le modèle Cheyenne y est présenté comme « une création exclusive Dollsfrance ».











