À seulement 25 ans, Eliaz Morineau vient de franchir la ligne d’arrivée de la Solitaire du Figaro, l’une des courses de voile les plus exigeantes. Mais pour ce skipper, la victoire revêt une dimension particulière. Éreinté mais fier, il dédie son exploit à la lutte contre le papillomavirus : « À la prévention du HPV, et à cette Solitaire ! » lance-t-il, entouré de ses proches sur le port de Saint-Vaast-la-Hougue, en Normandie.
Tout au long de la compétition, la cause de la prévention contre le HPV l’a accompagné, visible jusque sur sa voile ornée d’un papillon orange, symbole fort de ce combat. Morineau confie : « C’est ma première saison en solitaire, un rêve d’enfant, mais je voulais donner un sens à mon projet. » En 2025, il s’engage à porter un message de sensibilisation à travers son aventure sportive.
Son engagement naît d’une expérience personnelle. En 2024, il découvre qu’il est porteur d’une forme bénigne du papillomavirus. Face à ce diagnostic, il réalise l’ampleur du manque d’information sur le sujet et décide de s’investir pour briser le tabou, notamment auprès des jeunes, hommes comme femmes.
Le papillomavirus : une menace silencieuse et massive
Le papillomavirus humain (HPV) est l’infection sexuellement transmissible la plus répandue. Près de 70 à 80 % de la population y sera exposée au cours de sa vie sexuelle. Chaque année, le HPV est responsable de 6 400 nouveaux cas de cancers en France. Dans la majorité des cas, l’organisme élimine le virus spontanément. Mais parfois, il persiste et peut provoquer des cancers.
La diversité des souches de HPV explique la variété des pathologies associées. Contrairement aux idées reçues, le virus ne se limite pas au cancer du col de l’utérus. Il peut aussi toucher l’anus, les organes génitaux ou la sphère ORL. Charlotte Leclere en a fait l’amère expérience.
Cancers liés au HPV : des profils inattendus
À 28 ans, Charlotte, enseignante en éducation physique, découvre après une période d’aphonie qu’elle souffre d’un cancer des cordes vocales et du larynx, déclenché par un HPV. « Je me dis que c’est impossible. À ce moment-là, j’ai 28 ans, je suis sportive, j’ai une bonne hygiène de vie. » Son témoignage bouscule les préjugés sur les profils à risque.
L’intervention chirurgicale est radicale : ablation des cordes vocales et d’une partie du larynx. Après neuf mois d’arrêt, Charlotte reprend l’enseignement, dotée d’une voix nouvelle. Elle décrit sa rééducation : « C’est comme les gens qui perdent l’usage de leurs jambes et qui réapprennent à marcher. Moi c’est la même chose en version ‘manger, respirer, boire’. »
Vaccination contre le papillomavirus : enjeux et perspectives
Depuis près de vingt ans, la France dispose du vaccin Gardasil, efficace contre neuf souches de HPV. Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante, loin de l’objectif de 80 % fixé pour 2030. D’autres pays, comme le Portugal, la Suède ou l’Australie, approchent l’éradication du virus grâce à des campagnes massives.
Pour combler ce retard, la Haute Autorité de Santé a recommandé en mai dernier d’étendre la gratuité du vaccin à tous les moins de 26 ans, sans distinction de genre. Jusqu’ici, la vaccination de rattrapage visait les 15-19 ans et les hommes ayant des relations homosexuelles jusqu’à 26 ans. Cette extension permettrait d’inclure davantage de jeunes adultes dans le dispositif, notamment ceux non vaccinés à l’adolescence.











