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Kaboul accuse le Pakistan d’attaque sur son sol, Islamabad rejette fermement

L’Afghanistan a lancé jeudi de lourdes accusations contre le Pakistan, l’accusant d’avoir mené une attaque sur son sol alors qu’un cessez-le-feu fragile était en vigueur depuis la mi-octobre. Islamabad, de son côté, rejette catégoriquement ces allégations, alors que des pourparlers bilatéraux se déroulent en Turquie dans l’espoir de pérenniser la trêve.

Des échanges de tirs brefs ont éclaté à Spin Boldak, ville frontalière afghane, en plein après-midi. « Malheureusement, les Pakistanais ont attaqué pendant un court moment, nous ne savons pas pourquoi », a confié à l’AFP Hamdullah Fitrat, porte-parole adjoint du gouvernement taliban.

Le bilan humain est lourd : cinq morts, dont quatre femmes et un homme, et six blessés, selon le responsable de l’hôpital de Spin Boldak. La province de Kandahar, où se situe la ville, rapporte un retour au calme après une quinzaine de minutes de tirs, d’après plusieurs témoins interrogés par l’AFP.

Pakistan et Afghanistan s’opposent sur la responsabilité des tirs à la frontière

Islamabad nie toute attaque initiée contre l’Afghanistan, affirmant avoir simplement « riposté » à des tirs venus du côté afghan. « Nous rejetons fermement les affirmations diffusées par la partie afghane concernant l’incident d’aujourd’hui à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan à Chaman », a déclaré le ministère de l’Information sur X. « Les tirs ont été lancés par le côté afghan, ce à quoi nos forces de sécurité ont répondu immédiatement de manière mesurée et responsable. »

La tension monte alors que les négociations reprennent à Istanbul. « Alors qu’un troisième cycle de négociations avec la partie pakistanaise a débuté à Istanbul, malheureusement les forces pakistanaises ont de nouveau ouvert le feu sur Spin Boldak », a regretté Zabihullah Mujahid, porte-parole principal des talibans. Cette reprise des hostilités coïncide avec la relance de discussions censées consolider une trêve conclue le 19 octobre à Doha, après une semaine d’affrontements meurtriers. Kaboul, selon le porte-parole, « n’a pas encore riposté, par respect pour l’équipe de négociateurs et pour empêcher la perte de vies civiles ».

Processus de cessez-le-feu et mécanismes de surveillance sous tension

Les discussions à Istanbul avaient achoppé la semaine précédente sur la définition précise du cessez-le-feu. Les deux parties se renvoient la responsabilité de l’impasse et menacent d’une reprise des combats en cas d’échec. La Turquie, médiatrice avec Doha, insiste sur la nécessité d’un « mécanisme de suivi et de vérification garantissant le maintien de la paix et l’application de sanctions à la partie qui viole la trêve ».

Les chiffres de l’ONU sont alarmants : 50 civils tués côté afghan en octobre, au moins cinq morts à Kaboul dans des explosions. L’armée pakistanaise, elle, fait état de 23 soldats tués, sans mentionner de pertes civiles.

Groupes armés et rivalités régionales alimentent la crise afghano-pakistanaise

Au centre des tensions persistantes : la question des groupes armés. Chacun accuse l’autre de soutenir des factions hostiles opérant à travers une frontière poreuse de plusieurs milliers de kilomètres. Le Pakistan exige que Kaboul cesse tout appui aux organisations telles que le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), ce que les talibans nient catégoriquement. Les autorités afghanes, quant à elles, réclament le respect de leur souveraineté territoriale.

Islamabad soupçonne également les talibans d’agir avec l’appui de l’Inde, adversaire historique du Pakistan, sur fond de rapprochement entre Kaboul et New Delhi. La crise frontalière s’enlise, piégée entre enjeux sécuritaires, rivalités régionales et absence de confiance mutuelle.

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