La situation sur le front ukrainien demeure explosive, avec une intensification des mouvements militaires et diplomatiques. La région de Donetsk reste l’épicentre des affrontements, la ville de Pokrovsk étant sous pression constante des forces russes. Selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), la progression russe en octobre s’est maintenue à un rythme soutenu, avec 461 kilomètres carrés conquis, dépassant légèrement les 447 km² du mois précédent.
Fin octobre, la Russie contrôlait totalement ou partiellement 19,2 % du territoire ukrainien, un chiffre qui inclut la Crimée et des zones du Donbass déjà sous contrôle avant l’invasion de février 2022. La dynamique territoriale reste donc favorable à Moscou, même si la résistance ukrainienne demeure forte dans les nœuds logistiques stratégiques.
Sur le plan diplomatique, la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne connaît une accélération inédite. La Commission européenne estime que Kiev a franchi un cap décisif, ouvrant la voie à une nouvelle étape dans les négociations. « Le processus d’élargissement progresse désormais plus rapidement qu’au cours des 15 dernières années », souligne la Commission dans son rapport d’étape, tout en notant l’éloignement de la Géorgie du projet européen.
L’UE et l’Allemagne renforcent leur soutien militaire à l’Ukraine
L’Allemagne prévoit d’augmenter de 3 milliards d’euros son aide militaire à l’Ukraine en 2026, portant le total à 11,5 milliards. Selon le ministère allemand des Finances, cette enveloppe servira notamment à remplacer deux systèmes Patriot, à fournir de l’artillerie, des drones et des véhicules blindés. Berlin confirme ainsi son engagement à long terme dans le soutien à Kiev.
Parallèlement, le président Zelensky a exhorté la Hongrie à « ne pas bloquer » l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. « Nous aimerions vraiment que le Premier ministre hongrois nous soutienne, ou du moins qu’il ne nous bloque pas », a-t-il déclaré lors d’un forum à Bruxelles. Le processus d’adhésion exige l’unanimité des 27 États membres, et Budapest maintient son veto, gelant de facto l’avancée ukrainienne.
Sur le terrain, Zelensky s’est rendu auprès des troupes ukrainiennes dans la zone de Pokrovsk, saluant la défense menée par le 1er corps de la Garde nationale d’Ukraine Azov près de Dobropillia. Cette visite vise à renforcer le moral des troupes dans une région soumise à une pression militaire constante.
Renforcement des alliances et pressions sur la Biélorussie
La France et la Roumanie, dans le cadre de l’exercice Dacian Fall, démontrent la « solidarité stratégique » de l’OTAN face à la Russie. Du 20 octobre au 13 novembre, une brigade multinationale, armée par la France et renforcée par des contingents belge, luxembourgeois et espagnol, multiplie les manœuvres conjointes avec les unités roumaines. L’objectif : valider la capacité de l’armée française à se déployer rapidement en cas de crise.
Sur le plan international, la Biélorussie, alliée de Moscou, a été vivement critiquée à l’ONU pour sa « répression systémique » et le maintien d’environ 1.000 prisonniers politiques. Les organisations de défense des droits humains dénoncent des poursuites à caractère politique et des actes de torture généralisés sous le régime d’Alexandre Loukachenko.
En Autriche, les services de renseignement enquêtent sur Serguei K., un agent présumé du GRU russe, soupçonné d’avoir tenté d’infiltrer le secteur stratégique du traitement des eaux usées. L’agent aurait effectué une dizaine de voyages sous fausse identité, tissant des liens au sein de l’entreprise autrichienne VTA, dont les employés coopèrent pleinement à l’enquête.
Déploiement massif de soldats nord-coréens en Russie
Un développement majeur concerne l’arrivée de quelque 5.000 soldats nord-coréens en Russie depuis septembre, selon un député sud-coréen informé par les services de renseignement. « Ils ont été déployés en Russie par étapes depuis septembre et devraient être mobilisés pour la reconstruction d’infrastructures », a précisé Lee Seong-kweun. Des signes d’entraînement et de sélection pour de futurs déploiements ont également été observés.
L’agence de renseignement sud-coréenne estime à 10.000 le nombre de soldats nord-coréens actuellement stationnés près de la frontière russo-ukrainienne. Entre fin 2024 et le printemps 2025, la Corée du Nord aurait fourni des milliers de militaires à la Russie pour repousser les forces ukrainiennes dans la région de Koursk. Les pertes nord-coréennes seraient lourdes : environ 600 tués et plusieurs milliers de blessés, selon les mêmes sources.
Enfin, Vladimir Poutine a promulgué une loi autorisant le recours aux réservistes pour protéger les raffineries et infrastructures énergétiques, régulièrement ciblées par des attaques de drones ukrainiens. Cette mesure intervient dans un contexte de hausse des prix du carburant et de mobilisation massive des réservistes depuis septembre 2022.
Rapport de force Europe-Russie et vulnérabilités stratégiques
L’Institut français des relations internationales (IFRI) alerte sur la nécessité pour l’Europe de renforcer son rapport de force face à Moscou. « Les pays européens disposent du potentiel nécessaire, c’est-à-dire des moyens économiques, des compétences militaires et du savoir-faire technologique pour faire face à la Russie d’ici 2030, à condition de faire preuve de volonté politique », affirme Thomas Gomart, directeur de l’IFRI. L’avantage russe demeure toutefois significatif sur le plan terrestre, en raison de sa puissance de feu et de la masse de ses effectifs.











