Le secteur du e-commerce est secoué par une nouvelle affaire d’une gravité exceptionnelle. Shein, mastodonte chinois de la mode en ligne, se retrouve sous le feu des projecteurs après la découverte de la vente de poupées sexuelles à l’apparence juvénile, qualifiées de « caractère pédopornographique » par les autorités françaises. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déclaré sur BFMTV : « Je veux être très clair : si ces comportements sont répétés, nous serons en droit, et je le demanderai, d’interdire l’accès de la plateforme Shein au marché français. C’est dans la loi. » Les produits incriminés, signalés à la justice, ont été retirés du site, mais la polémique enfle et d’autres géants du secteur sont également visés.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a confirmé que les objets concernés étaient « des poupées sexuelles d’apparence enfantine ». Leur description sur la plateforme ne laissait guère de doute sur la nature pédopornographique du contenu, selon le régulateur. Vendues près de 187 euros, ces poupées étaient présentées comme des « jouets de masturbation masculine avec corps érotique et vrai vagin et anus », détaille une enquête du Parisien. Alice Vilcot-Dutarte, porte-parole de la DGCCRF, a confié : « Les annonces nous ont particulièrement choqués. »
Les investigations ont révélé que d’autres produits pornographiques, dont des sextoys et poupées gonflables pour adultes, étaient accessibles sans contrôle d’âge. Des associations australiennes, telles que Collective Shout, avaient déjà alerté sur la commercialisation de telles poupées sur Shein ou Temu, selon ABC. La facilité d’accès à ces articles, sans vérification, soulève de vives inquiétudes sur la responsabilité des plateformes.
Signalement judiciaire et enquête interne sur la vente en ligne de poupées pédopornographiques
La DGCCRF a immédiatement signalé les faits au procureur de la République et à l’Arcom, autorité de régulation du numérique. « Un signalement a été fait à la plateforme, l’appelant à mettre en place rapidement les mesures appropriées », précise l’administration. Elle rappelle que la diffusion de contenus à caractère pédopornographique via internet est passible de sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende.
Shein a réagi en retirant « immédiatement » les produits incriminés. L’entreprise affirme : « Notre équipe Marketplace Governance enquête actuellement sur la manière dont ces annonces ont pu contourner nos dispositifs de contrôle, et mène une revue complète afin d’identifier et de retirer tout produit similaire susceptible d’être mis en vente par d’autres vendeurs tiers. » Quentin Ruffat, porte-parole de Shein, a ajouté : « Nous prenons des mesures correctives immédiates et renforçons nos dispositifs internes afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise. »
La réaction politique a été unanime. Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, a interpellé Shein sur X : « Shein, comment expliquez-vous que des poupées sexuelles à caractère pédopornographique soient restées en ligne plusieurs heures sur votre plateforme ? » Elle insiste : « Les plateformes en ligne doivent prendre leurs responsabilités et se conformer à notre droit et nos valeurs. Si tel n’est pas le cas, nous utiliserons systématiquement les moyens juridiques pour sanctionner et contraindre. »
Pression politique et responsabilité des plateformes e-commerce
Serge Papin, ministre délégué aux PME, a salué le travail de la DGCCRF : « Le travail des agents de la DGCCRF a été exemplaire. Merci à eux. » Il précise : « Ce dossier est désormais entre les mains de la Justice. » Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, va plus loin : « Une plateforme qui accepte de commercialiser ces objets est d’une certaine manière complice. » Elle exige de connaître les processus ayant permis la vente de ces articles et souhaite identifier les fournisseurs.
Sarah El Haïry évoque aussi la possibilité de demander à Shein la liste des acheteurs français de ces poupées : « Les gens qui ont acheté ces poupées ont utilisé leur carte de crédit, ils se sont fait livrer à leur domicile ou à leur bureau. » Roland Lescure, ministre de l’Économie, a réitéré sa position : « Je veux être très clair : si ces comportements sont répétés, nous serons en droit et je le demanderai, qu’on interdise l’accès de la plateforme Shein au marché français. » Il rappelle que la loi permet une telle interdiction en cas de manquements répétés ou de non-retrait sous 24 heures, notamment pour des objets pédopornographiques.
La haute-commissaire à l’Enfance annonce la convocation prochaine de « l’ensemble des grandes plateformes » de e-commerce actives en France. « Il n’y a pas que Shein, il y en a bien d’autres, nous avons été alertés sur d’autres cas », confirme-t-elle sur franceinfo. Elle dénonce les stratégies d’évitement de certaines plateformes, qui omettent volontairement les descriptions explicites pour échapper aux poursuites.
Multiplication des cas et antécédents de Shein dans la vente de produits illicites
Lundi, Franceinfo a constaté que des poupées similaires étaient aussi proposées sur AliExpress avant d’être retirées, avec une présentation analogue à celle de Shein. À ce stade, il n’est pas établi si la DGCCRF a ouvert une procédure concernant AliExpress. Le secteur tout entier est désormais sous surveillance accrue.
Shein n’en est pas à sa première controverse. En juillet, la DGCCRF a infligé à la plateforme une amende de 40 millions d’euros pour « pratiques commerciales trompeuses » sur les réductions et les engagements environnementaux. En septembre, la Cnil a sanctionné Shein à hauteur de 150 millions d’euros pour « non-respect des règles applicables en matière de traceurs (cookies) ».
Le modèle d’ultra fast-fashion de Shein est régulièrement critiqué pour son impact environnemental et la qualité douteuse de ses produits. Une loi « anti fast-fashion » en cours d’adoption vise directement la plateforme. Malgré la polémique, l’ouverture d’un magasin Shein au BHV du Marais à Paris reste prévue, illustrant la tension croissante autour de la marque.




