Le climat interne d’OpenAI refait surface sous un jour brutal. Ilya Sutskever, l’un des cofondateurs historiques de la société, a livré un témoignage explosif dans le cadre d’une procédure opposant Elon Musk à Sam Altman. Revenant sur la période de crise ayant suivi l’éviction temporaire du PDG en 2023, Sutskever dresse un portrait sans concession de la gouvernance d’Altman.
Selon les éléments rapportés par The Verge, Sutskever décrit un dirigeant habile à manipuler son entourage, capable de changer d’attitude selon ses intérêts. Dans un mémo de 52 pages cité lors de l’audition, il affirme : « Sam Altman avait pour habitude de mentir, de discréditer ses cadres et de les monter les uns contre les autres. » Les accusations visent directement la méthode de management du patron d’OpenAI.
Les témoignages recueillis évoquent également une communication interne fragmentée et contradictoire. Sutskever pointe la propension d’Altman à adapter son discours à ses interlocuteurs, semant la confusion entre les responsables scientifiques de la société. Cette stratégie aurait, selon lui, fragilisé l’autorité de plusieurs cadres, dont Jakub Pachocki, aujourd’hui directeur scientifique.
Leadership contesté et gestion du chaos chez OpenAI
Le témoignage s’appuie aussi sur les confidences de Mira Murati, ancienne directrice technique, qui a quitté OpenAI en septembre 2024. Elle aurait relaté à Sutskever des faits similaires remontant à la présidence d’Altman chez Y Combinator, entre 2014 et 2019. « Il semait le chaos, lançait de nombreux nouveaux projets, montait les gens les uns contre les autres et ne gérait donc pas bien YC », rapporte Sutskever dans son mémo, citant Murati. Pour elle, Altman ne réunissait pas les qualités requises pour diriger OpenAI.
Face à ces tensions, Sutskever explique avoir été sollicité en 2023 par certains membres indépendants du conseil d’administration pour rassembler des preuves : captures d’écran, documents internes. Le fameux mémo de 52 pages est issu de cette démarche, bien qu’il n’ait jamais été transmis à Altman. Sutskever indique avoir envisagé sa destitution « depuis au moins un an ».
La crainte de représailles explique, selon lui, la discrétion autour de ce dossier. Il évoque également des réserves à l’égard de Greg Brockman, consignées dans des courriels éphémères. Depuis, la rupture est totale : Sutskever affirme n’avoir eu aucun contact avec Altman depuis près d’un an, ni avec Brockman depuis quinze mois.
Défiance du conseil d’administration et réactions d’OpenAI
Les déclarations de Sutskever font écho à celles d’Helen Toner, ex-membre du conseil d’administration, qui s’était exprimée dans un podcast en mai 2024. Elle dénonçait : « Il était très clair pour nous tous que, dès que Sam aurait la moindre idée que nous pourrions faire quelque chose qui allait à son encontre, il mettrait tout en œuvre, ferait tout ce qui était en son pouvoir pour saper le conseil d’administration, pour nous empêcher même d’arriver au point de pouvoir le licencier. »
Toner avait également qualifié Altman de « menteur » et de « manipulateur », l’accusant d’avoir orchestré des rumeurs pour l’évincer. Elle révélait par ailleurs que le conseil avait découvert l’existence de ChatGPT via Twitter, sans avoir été informé en amont par la direction d’OpenAI.
En réponse à ces révélations, OpenAI a tenu à rassurer : « Les événements de 2023 sont derrière nous. Ces allégations ont été examinées en détail lors de l’enquête indépendante menée par le conseil d’administration, qui a conclu à l’unanimité que Sam et Greg étaient les dirigeants adéquats pour OpenAI », a déclaré une porte-parole de l’entreprise.











